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Du peuple souverain au peuple utilisé
Par Leo Pène - 30 March 2026
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Qui est réellement l’État ?
Sommes-nous, vous et moi, l’État ? Notre système prétendument démocratique donne souvent l’impression d’une mascarade. L’usage du 49.3 ou des ordonnances n’en est que la partie visible — et minime — d’un problème bien plus vaste.
L’État français ne se confond plus avec son peuple. Depuis longtemps, celui-ci ne décide plus réellement de la politique intérieure ou extérieure. En vérité, on peut même douter qu’il ait jamais exercé ce pouvoir.
Crédit : GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
Combien parmi vous ont réellement le sentiment d’influencer l’avenir du pays par leur vote ?
La politique tend à transformer le citoyen en simple donnée. Il n’est plus perçu comme un acteur capable de délibération, mais comme un électeur à conquérir. La communication supplante le dialogue, la réaction remplace la réflexion. L’individu devient un outil au service de stratégies, de campagnes et de logiques économiques.
Réduire l’individu à une donnée, à un pourcentage dans un sondage ou à un profil analysé par des algorithmes, c’est nier sa conscience. La politique ne devrait pas traiter des chiffres, mais des êtres capables de parole et de jugement.
Redevenir acteur, voire auteur du pouvoir, implique de refuser cette réduction. Interroger les décisions publiques, demander des comptes, comprendre les enjeux : ces gestes simples sont des actes politiques essentiels. Ils expriment une exigence fondamentale : ne pas subir passivement les orientations collectives.
Une démocratie vivante ne se mesure pas seulement à la régularité des scrutins, mais à la vitalité de ses citoyens. Quand ceux-ci participent réellement à l’élaboration des règles communes, ils cessent d’être de simples destinataires de lois.
À l’inverse, lorsque l’individu se contente de consommer des opinions ou de réagir sans distance critique, la démocratie s’appauvrit. Elle devient procédurale, formelle, presque mécanique. Le vote persiste, mais l’esprit civique s’érode.
Le pouvoir ne tire sa légitimité que de ceux sur qui il s’exerce. Cela demande du temps, de l’engagement, une volonté de comprendre. Sans cela, la politique risque de se réduire à un système qui administre des populations plutôt qu’à une communauté qui se gouverne elle-même.
Il s’agit de restituer à l’individu les conditions concrètes de son autonomie. Car si la liberté existe toujours, elle s’exerce aujourd’hui dans un environnement saturé d’informations, de propagandes clivantes, d’images et d’injonctions contradictoires qui fragilisent la réflexion. Le tout sur fond de confusion, voire de distorsion des réalités et des valeurs, conduisant à une radicalisation des positions et au non-sens des débats.
Mais constater cette dérive ne suffit pas. Pour que l’individu redevienne un sujet politique à part entière, il faut recréer les conditions de cette réhabilitation.
La première condition est l’éducation critique, l’éducation populaire. Penser par soi-même n’est pas spontané : c’est une capacité à cultiver, notamment en groupe, par l’expérimentation et la coopération. Apprendre à argumenter, distinguer faits et opinions, repérer syllogismes, sophismes et stratégies de persuasion : tout cela renforce la solidité du jugement individuel. Sans cette capacité critique, le citoyen devient une cible facile pour les stratégies de communication, au lieu d’un participant réel à la délibération publique.
Mais l’autonomie du citoyen ne dépend pas seulement de sa formation intellectuelle. Elle dépend aussi de l’organisation même du pouvoir. C’est là qu’intervient la question du pouvoir et du contre-pouvoir.
Montesquieu expliquait déjà que tout pouvoir tend à s’étendre et à abuser de sa position. Pour préserver la liberté, il faut donc que le pouvoir soit limité par d’autres pouvoirs. Dans De l’esprit des lois, il formule une idée fondamentale : le pouvoir doit arrêter le pouvoir.
La légitimité du pouvoir ne peut donc pas reposer uniquement sur la victoire électorale. Elle nécessite un lien permanent entre gouvernants et gouvernés, un dialogue réel et une capacité à rendre des comptes. La présence de contre-pouvoirs est essentielle pour que l’individu reste un véritable sujet politique. Ils permettent aux citoyens de questionner l’autorité, de contester les décisions et d’exiger des comptes.
Sans ces mécanismes, le pouvoir devient vertical et la participation démocratique se réduit à une simple formalité.
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